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     publié avec l’aimable autorisation de "Radio France", par LES BERGERS ET LES MAGES .

Prédication de Carême par le Pasteur Antoine NOUIS,
Eglise Réformée de France,
diffusion le 25 mars 2000 à 18 heure par "France Culture"


Sept paroles de vie


Un soldat, un brigand, un disciple, un officier, une étrangère, un religieux et une autre femme
se retrouvent à la Croix. Qu'entendent-ils ? Que disent-ils ?

3 - JEAN LE DISCIPLE

Si on veut mener une vie confortable et régulière, il ne faut surtout pas être disciple de Jésus ! Depuis que j’ai commencé à le suivre, il m’a toujours surpris. Et maintenant qu’il est mort, c’est encore un nouveau chemin qui s’ouvre devant mes pas.

J’ai eu une relation privilégiée avec lui. Quand il parlait de la mission et de ses projets, il s’adressait surtout à Pierre ; mais quand il voulait partager un fardeau ou lorsqu’il disait son souci pour une personne, c’est avec moi qu’il parlait le plus volontiers.

Hier, nous avons partagé son dernier repas. Quand tous les disciples étaient autour de la table, il s’est levé, il a pris un linge et une cuvette, il s’est agenouillé, et il nous a lavé les pieds. Au début on ne voulait pas se laisser faire, mais il a dit qu’on comprendrait plus tard son geste, et que nous devions, nous aussi, devenir serviteurs de nos frères. Et puis il a commencé à parler de son départ et d’un esprit de consolation qui viendrait sur nous. J’ai compris que le dénouement était proche, mais jusqu’au dernier moment j’ai espéré une autre fin.

Après le repas, nous l’avons accompagné au jardin des Oliviers. Il s’est agenouillé, et sa prière est devenue combat. Moi aussi j’ai prié parce que je voulais le soutenir, mais une fois que j’avais demandé à Dieu de ne pas l’abandonner, je ne savais plus très bien que dire... J’ai voulu persévérer, mais la fatigue a été la plus forte et je me suis endormi. J’ai été réveillé par le bruit d’une troupe qui approchait. C’étaient les gardes du Sanhédrin, le tribunal religieux. Ils avaient des torches et des armes, et ils étaient conduits par... Judas, l’un des nôtres. Nous étions prêts à défendre Jésus, mais il nous en a empêchés. Il s’est offert, et ils l’ont emmené pour être jugé.

Quand le Sanhédrin l’a envoyé à Pilate, j’ai compris qu’il n’y avait plus d’espoir. Le seul souci du procurateur romain est d’avoir la paix, et je sais qu’il n’aura pas le courage de s’opposer aux religieux.

Comme Marie, la mère de Jésus, était en ce moment en ville, j’ai tout de suite pensé à elle et j’ai couru pour la rejoindre. Contrairement à mes craintes elle n’était pas seule, d’autres femmes étaient là. Marie venait d’être informée de la parodie de justice chez Pilate et de la condamnation de son fils. Jésus était déjà sur le chemin qui conduit au mont du Crâne.

Elle a gardé le silence un moment, comme pour prendre des forces, puis elle s’est levée, et a dit qu’elle aussi allait gravir la colline. J’ai essayé de l’en dissuader en lui disant que le spectacle serait difficile à supporter, mais elle n’a rien voulu savoir. Elle voulait voir son fils une dernière fois.

En route, elle m’a parlé. Elle m’a raconté la présentation de Jésus au Temple, quand il était un simple nourrisson. Il y avait en ce temps-là un vieux sage que tout le monde connaissait, qui a prononcé d’étranges paroles sur Jésus. Puis il l’a regardée elle, et a dit : Quant à toi Marie... une épée te transpercera le cœur. A l’époque, elle n’avait pas compris ce qu’il voulait dire, mais maintenant... elle comprenait trop bien.

Quand on est arrivé au mont du Crâne, les trois croix étaient déjà dressées. En nous voyant venir, la foule s’est tue. Elle s’est ouverte pour nous laisser passer, et on s’est retrouvé aux pieds de Jésus. On est resté un moment en silence... les mots n’étaient plus nécessaires pour se parler. Jésus a regardé Marie et a dit : Femme, voici ton fils. Puis il a tourné son regard vers moi et a dit : Voici ta mère. J’ai posé la main sur l’épaule de Marie, et j’ai hoché la tête.

Malgré le mal, l’obscurité, la violence et l’injustice, j’ai eu à ce moment-là la certitude que c’est lui qui avait raison... et que son combat était le bon.

Aujourd’hui la mort semble triompher, mais il m’a appris quelque chose, c’est qu’aussi fort que la mort...
il y a l’amour. Et l’amour nous appelle à continuer notre chemin, même au milieu des ténèbres et de l’oppression.

Cet amour qu’il m’a appris, aucune croix ne pourra l’enlever de mon cœur.


La persévérance de l’amour

La vie m’a appris à me méfier des grandes passions.

Je sais que les hommes qui sont fous de Dieu peuvent être conduits à des actes radicaux, parfois violents, qui sont en tout point contraires à la foi qu’ils professent.

Je sais que les grandes passions amoureuses se terminent généralement mal car le propre de la passion est d’être radicale et éphémère. Nous connaissons des familles, des enfants, des conjoints qui ont été détruits par ce type de passion.

Mais il est une passion dont on ne parle jamais et que je voudrais défendre aujourd’hui, c’est la passion des choses humbles.

• Je pense à cet homme qui depuis plus de dix ans s’occupe de sa femme infirme qu’il ne veut pas mettre dans un établissement spécialisé afin de la maintenir dans un cadre familier.

• Je pense à ce ministre de l’Église qui reste dans une petite paroisse de campagne qu’il ne veut pas quitter par amour pour ses paroissiens, car il sait que le jour où il s’en ira il ne sera pas remplacé.

• Je pense à cette femme qui se bat pour maintenir l’unité de son foyer malgré les aventures conjugales de son mari.

Cette passion des choses humbles, on n’en parle pas beaucoup dans les journaux, et pourtant ce sont elles qui font que notre monde tient debout.

– On entend parler dans les journaux de politique de la ville et de plans pour l’intégration. Mais si l’intégration se fait, c’est grâce à ces familles qui ont choisi de vivre, et de rester, dans des quartiers jugés difficiles. Les vrais artisans de l’intégration sont ces hommes et ces femmes qui consacrent une partie de leurs loisirs à animer des clubs de sport dans leur quartier.

– On parle des grandes déclarations des évêques et des présidents d’Eglise. Mais si l’Evangile continue à être vécu, c’est grâce aux prêtres et aux pasteurs de base, aux hommes et aux femmes qui, dans l’anonymat, s’épuisent parfois à maintenir allumé le lumignon qui fume à peine.

– Dans le protestantisme, on se souvient avec fierté de la geste héroïque des Camisards qui se sont battus pour la liberté de la foi. Mais s’il y avait encore un protestantisme en France dans la deuxième moitié du 18ème siècle, c’est grâce aux mères de famille qui le soir, à la veillée, ouvraient la Bible pour apprendre aux enfants ce qu’on ne leur avait pas dit au catéchisme.

La tradition rabbinique raconte que le peuple d’Israël a été libéré de l’Egypte et conduit par Moïse grâce aux mérites d’Abraham.

Les sages se sont demandés quel acte d’Abraham a pu être suffisamment puissant pour susciter la libération de l’esclavage ?

• Est-ce parce qu’il a quitté le pays des idoles pour obéir à une parole de Dieu ? Non.

• Est-ce parce qu’il a intercédé pour Sodome, la ville dévoyée ? Non plus.

• Alors peut-être parce qu’il était prêt à sacrifier son fils unique, Isaac ? Pas plus.

L’acte le plus méritant d’Abraham, c’est quand il a invité sous sa tente trois hommes de passage aux chênes de Mamré. On peut se demander en quoi cet acte, qui est un simple geste d’hospitalité commun dans le monde des nomades, est aussi méritant ? La réponse est que c’est justement dans l’ordinaire que se joue la vérité et la profondeur de la foi d’Abraham.

Quand Abraham est mort, la Bible dit qu’il expire âgé et rassasié de jours. Une interprétation de ce passage dit qu’on peut comprendre : Abraham expire âgé, avec tous ses jours22 .

Quand il s’est présenté devant Dieu, Abraham a ouvert les mains : tous ses jours étaient avec lui. Il n’en manquait pas un.

Abraham est mort à 175 ans et, dans la Bible, Dieu ne lui a parlé que sept fois. Sept fois en cent soixante-quinze ans, cela fait à peine une fois tous les vingt-cinq ans. Et pourtant, c’est avec tous ses jours qu’il s’est présenté devant Dieu. Les sept jours pendant lesquels Dieu lui a parlé, et les soixante mille pendant lesquels Dieu s’est tu, mais pendant lesquels Abraham a vécu la fidélité au quotidien.

Un grand maître du judaïsme, le Rav Kook a expliqué que parallèlement au verset du Psaume qui dit à Dieu : Combien tes œuvres sont grandes ! on devrait dire : Combien tes œuvres sont infimes ! Car de même que la grandeur divine apparaît dans les galaxies et dans les espaces interstellaires infinis, elle se révèle aussi dans l’infiniment petit de la cellule et de l’atome. Et de même que l’on perçoit la grandeur divine dans les grandes pensées philosophiques et dans les superbes embrasements d’amour et de foi, chacun peut aussi la rencontrer dans les plus petits détails de la vie quotidienne23 .

S S S

Quand on pense aux premiers apôtres et aux grands missionnaires, on pense à des hommes qui ont tout quitté pour la passion de l’évangile et qui affrontent tous les dangers pour le service de leur foi.

Le Nouveau Testament nous propose un exemple de ce type, c’est l’apôtre Paul. Dans la deuxième épître aux Corinthiens, il parle de son ministère : Souvent en danger de mort, cinq fois j’ai reçu quarante coups moins un, trois fois j’ai été battu de verges, une fois j’ai été lapidé, trois fois j’ai fait naufrage, j’ai passé un jour et une nuit dans l’abîme. Souvent en voyage, exposé aux dangers des fleuves, aux dangers des brigands, aux dangers de la part de mes compatriotes, aux dangers de la part des païens, aux dangers de la ville, aux dangers du désert, aux dangers de la mer, aux dangers parmi les faux frères, au travail à la peine ; souvent dans les veilles, dans la faim et dans la soif ; souvent dans le jeûne, dans le froid et le dénuement24 .

Ce portrait correspond bien à l’image que nous nous faisons des missionnaires.

Mais dans la Bible, nous trouvons un autre modèle, plus modeste, plus quotidien, mais qui met en valeur le premier commandement chrétien : l’amour.

Dans la première épître aux Corinthiens, tout le monde connaît le chapitre 13 qui est le fameux hymne à l’amour. On y parle aussi de la foi comme d’une passion. Ce sont les versets qui parlent de dons de prophétie et de connaissance, de confiance absolue en Dieu et de martyrs… mais l’apôtre précise : en tout cela, si je n’ai pas l’amour je ne suis rien25 .

Paul symbolise le missionnaire qui va porter l’évangile dans toutes les nations, mais à ses côtés émerge un autre personnage, Jean, qui a reçu pour mission d’accueillir chez lui Marie afin de prendre soin de la mère de Jésus.

Dans le Nouveau Testament, les écrits attribués à Jean portent la marque de cet amour humble mais tenace.
C’est cet évangile qui nous apprend que c’est par amour que Dieu a envoyé son fils dans le monde et que nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés
26 .

Cet amour fervent, discret, quotidien est raconté de façon particulièrement éloquente au cours du dernier repas de Jésus. Là où les autres évangiles font de la haute théologie en parlant d’alliance nouvelle symbolisée par le pain et le vin, l’évangile de Jean nous présente un autre signe.

Jésus se lève, prend une cuvette et un linge, s’agenouille devant ses disciples et leur lave les pieds27 . Ce geste est parfaitement ordinaire, à cette époque, les serviteurs lavaient les pieds des invités. Aujourd’hui encore dans toutes les cliniques, hôpitaux, hospices ainsi que dans les maisons où se trouvent de grands malades, des hommes et des femmes lavent leur prochain.

Ceux-là sont signes de l’amour du Christ

Quand nous sommes perdus, quand nous ne savons plus très bien qui est Dieu, ni où le retrouver... nous pouvons relire ce passage et entendre que le Christ est Seigneur et roi, mais qu’aujourd’hui il est le Seigneur qui s’est agenouillé à mes pieds, une cuvette à la main et un linge autour des reins, pour me laver.

Si la foi et l’amour sont les deux piliers de l’Église, nous avons parfois l’impression que notre compréhension est déséquilibrée.

• Nous disons d’une personne religieuse qu’elle est croyante, mais pourquoi ne disons-nous pas que c’est une amante ?

• Nous évoquons la foi qui transporte les montagnes, mais pourquoi ne parlons-nous pas de la foi qui nous fait accueillir chez nous la mère d’un prochain décédé ?

• Nous rêvons d’une Église qui porte le feu de Dieu, mais pourquoi ne rêvons-nous pas d’une Église qui cultiverait la simplicité et la délicatesse ?

La seule définition de Dieu que donne le Nouveau Testament est : Dieu est amour28 . Et le conseil précis qui est proposé en terme de témoignage est : C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples29 .

S S S

Maintenant que nous avons entendu la place de l’amour dans l’évangile, il nous reste à comprendre ce qu’il veut dire.

La première surprise quand la Bible évoque l’amour, c’est qu’elle en parle en terme de commandement : Tu aimeras ton prochain30 , Tu aimeras le Seigneur ton Dieu31 . L’évangile va jusqu’à ordonner : Aimez vos ennemis32 .

Aimer son prochain, on voit à peu près ce que ça veut dire.

Aimer Dieu, ça devient plus compliqué, surtout depuis que les sciences humaines nous ont appris combien l’amour pouvait être pervers et équivoque.

Quant à l’amour des ennemis, il semble qu’on nage en pleine contradiction tant les deux mots semblent opposés.

Mais surtout, comment le verbe aimer peut-il se conjuguer à l’impératif ? N’y a-t-il pas là ce qu’on a appelé une double contrainte. L’expression : Je te demande d’aimer est contradictoire car l’amour ne peut pas se commander ; et s’il se commande, ce n’est plus de l’amour.

La seule façon de sortir de cette contradiction est de séparer radicalement l’amour de toute notion de sentiment.

Dans la Bible, l’amour n’est pas une émotion, c’est une préoccupation, une démarche, un engagement. La Bible ne nous demande pas d’aimer tous les hommes, mais notre prochain. Elle ne s’intéresse pas à l’amour universel, théorique ou poétique, mais à l’amour concret, engagé, pratique.

Quand l’Ecriture demande d’aimer son prochain, ce n’est pas parce que le prochain est aimable ou sympathique, c’est pour la seule et unique raison que le prochain est aimé de Dieu.

De cette définition de l’amour, nous pouvons extraire trois conséquences.

• Le philosophe Alain a dit : Il est plus facile d’aimer tous les Chinois que son voisin de palier. Si l’amour est un engagement concret de ma personne pour rechercher l’épanouissement de mon prochain, mon amour est limité par mes forces et ma disponibilité.

Je peux éprouver de la sympathie pour tous les hommes, mais le vrai amour est un travail, et mes capacités de travail sont limitées.

La vertu qui accompagne l’amour est le courage car il faut du courage pour permettre au prochain de s’épanouir. Et le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais la paresse ou l’indifférence.

• La philosophe Simone Weil a dit : La plénitude de l’amour du prochain, c’est d’être capable de lui demander : Quel est ton tourment ?

L’amour induit la connaissance d’autrui et ce n’est pas un hasard si, dans la Bible, le verbe connaître signifie à la fois la relation conjugale et l’apprentissage de Dieu. Plus on connaît son prochain, plus on est capable de l’aimer.

Cela signifie que, contrairement à ce qu’on entend généralement, le temps ne tue pas l’amour, il permet de le construire.

• Le philosophe Leibniz a dit : L’amour, c’est de faire du bonheur d’un autre le sien propre.

Il y a une profonde vérité dans cette affirmation.

Dans le livre de la Genèse, la relation entre les frères s’est souvent déployée sous le registre de la jalousie. Caïn et Abel, Isaac et Ismaël, Jacob et Esaü n’ont pas eu des relations particulièrement… fraternelles.

Et puis voilà deux frères qui vont réussir à s’entendre, ce sont Ephraïm et Manassé, les fils de Joseph.

Quand Joseph conduit ses garçons à Jacob, son père, pour qu’il les bénisse, Manassé, l’aîné, est à droite et Ephraïm, le cadet, à gauche. Jacob croise les mains et pose la droite sur la tête d’Ephraïm le second. Joseph réagit mais Jacob persiste et dit : Manassé sera grand, mais Ephraïm sera plus grand que lui33 .

Il se produit alors un miracle unique : Manassé ne jalouse pas son frère.

Le livre de la Genèse peut se terminer, la jalousie n’est pas une fatalité.

Si notre objectif dans la vie est d’être grand, fort et riche, nous trouverons toujours plus grand, plus fort et plus riche que nous. Mais si notre objectif est d’aimer notre prochain et que nous réalisons que le sommet de l’amour est de faire du bonheur de l’autre le sien propre, alors nous aurons chaque jour mille raisons de nous réjouir !

Nous avons commencé cette méditation sur la persévérance de l’amour en parlant de ceux qui ont la passion des choses humbles. Nous la terminerons en écoutant un poème bouleversant de Christian Bobin qui parlera mieux que nous n’avons su le faire de cet amour qui prend toute son ampleur dans le plus quotidien et le plus banal des gestes34 .

Je me souviens d’un carnet

écrit par une juive

quelques jours avant sa mort

Elle est dans un camp de transit

Hier la vie le travail l’amour

Aujourd’hui la soif la faim la peur

Demain rien

Le train qui l’emmènera vers demain

est sur les rails

vérifié par des mécaniciens scrupuleux

Le train qui filera dans un demain sans épaisseur

dans un jour sans jour

Cette femme regarde autour d’elle

et vers le dernier matin

décrit émerveillée

le linge des enfants

lavé dans la nuit par les mères

et mis à sécher sur les barbelés

Elle dit combien cette vue

la réconforte

lui donne un cœur

contre lequel viennent battre

en vain

les aboiements des chiens les cris des soldats

le souffle lourd des trains plombés

Si ce texte est lumineux

ce n’est pas seulement en raison du voisinage

de la mort et de l’encre

de l’espérance et de l’abîme

C’est aussi c’est surtout

par la pensée qu’il nous donne

et je ne connais pas Nella

de pensée plus noble plus simple

plus noblement simple

Je l’écrirais ainsi

La pureté n’est faite que de détails

La bonté n’est faite que de gestes

Ces gestes ne mènent pas à de grandes victoires

aucune légende ne les retient

Ces gestes sont gestes de tous les jours

bien plus héroïques

que tout héroïsme

Laver le linge

pour que l’enfant demain

se sente léger confiant

dans des vêtements frais propres

Même si demain n’est plus

dans la suite des jours

Même si demain

ne verra pas le jour.

Lire l'introduction du Pasteur Antoine NOUIS
Les Intermèdes musicaux étaient extraits de :
 - Les 7 dernières paroles du Christ en croix ( Heinrich Schütz )
 - Suite pour violoncelle seul, en si mineur ( Jean-Sébastien Bach )
 - Suite pour violoncelle seul, en si mineur ( Jean-Sébastien Bach )
 - Johannes Passion Chorals ( Jean-Sébastien Bach )


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Introduction du Pasteur Antoine NOUIS, pour le volume "Sept paroles de vie"

 

Les méditations qui composent les différents chapitres de ce livre sont le texte, à peine modifié, des conférences du " Carême Protestant " qui ont été diffusées sur France Culture en mars-avril 2000.

Lorsqu’on m’a proposé de prendre en charge ces conférences, j’ai tout de suite pensé à une série de narrations que j’avais écrites pour une liturgie de Vendredi Saint. J’avais pris la liberté littéraire de rassembler autour de la croix sept personnages, cinq hommes et deux femmes, et de leur donner la parole pour qu’ils expriment la façon dont ils ont entendu les sept dernières paroles que le Christ a prononcées avant de mourir. Un soldat, un brigand, un disciple, un officier, une étrangère, un religieux et une amie proche se retrouvent au Golgotha. Qu’entendent-ils ? Que disent-ils ?

Ces narrations sont des prédications, c’est-à-dire qu’elles se situent du côté de l’interprétation et non de la source historique. Mais comme toutes prédications, elles ne font pas l’économie d’une lecture minutieuse du texte biblique, et d’un travail d’exégèse.

Si nous avons choisi ce procédé, c’est qu’il semble particulièrement pertinent pour parler de la croix. Au-delà de toutes les explications elle demeure un événement qui fait éclater nos cadres de pensée, et qui transcende nos raisonnements. Dès que nous cherchons à expliquer la croix, nous courons le risque d’apprivoiser ce qui restera toujours de l’ordre de la folie et du scandaleux. En la racontant nous demeurons dans le domaine de l’interprétation, mais nous lui laissons de l’espace pour dépasser nos paroles.

Les épîtres de Paul articulent la croix avec la grâce. Elle débouche sur un autre thème qui, par définition, relève de l’indicible. Si la grâce est grâce, elle échappe à toute logique, elle déjoue toute tentative de vouloir l’enfermer dans un système cohérent. Si la grâce ne peut pas s’expliquer, elle peut néanmoins se raconter. C’est ce que nous avons essayé de faire en suivant le cheminement de sept personnes qui ont entendu les paroles d’un mourant, et qui les ont reçues comme des paroles de vie.

Pour les émissions du Carême, nous avons demandé aux comédiens de la troupe Sketch up d’interpréter ces sept personnages. Je suis reconnaissant à son responsable, Olivier Arnéra, pour les conseils qu’il m’a donnés afin d’adapter ces récits à une écriture radiophonique.

La seconde partie de chaque émission est plus classique. Elle comprend des méditations qui essayent de développer et d’actualiser la parole des comédiens. Elles me donnent l’occasion de développer une théologie de la croix qui se déploie autour des thèmes du pardon et de la conversion, de l’absence et de la persévérance, de la quête de Dieu et de l’accomplissement des Écritures.

Puisque ce livre est la reprise des conférences de Carême, il me revient de remercier tous ceux qui m’ont accompagné dans ce travail. Les amis de l’Eglise de Paris-Annonciation qui ont eu à cœur de me laisser le temps nécessaire pour l’écriture, ma famille qui a pâti de mon manque de disponibilité pendant les derniers mois qui ont précédé les enregistrements, Geneviève Barnaud ma correctrice attitrée, et enfin Dominique Fano-Renaudin qui a fait un gros travail de recherche pour l’illustration musicale et qui a déployé ses talents de comédien pour lire les citations.

Antoine NOUIS


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