Jai eu une relation privilégiée avec lui. Quand il parlait de la mission et de ses projets, il sadressait surtout à Pierre ; mais quand il voulait partager un fardeau ou lorsquil disait son souci pour une personne, cest avec moi quil parlait le plus volontiers.
Hier, nous avons partagé son dernier repas. Quand tous les disciples étaient autour de la table, il sest levé, il a pris un linge et une cuvette, il sest agenouillé, et il nous a lavé les pieds. Au début on ne voulait pas se laisser faire, mais il a dit quon comprendrait plus tard son geste, et que nous devions, nous aussi, devenir serviteurs de nos frères. Et puis il a commencé à parler de son départ et dun esprit de consolation qui viendrait sur nous. Jai compris que le dénouement était proche, mais jusquau dernier moment jai espéré une autre fin.
Après le repas, nous lavons accompagné au jardin des Oliviers. Il sest agenouillé, et sa prière est devenue combat. Moi aussi jai prié parce que je voulais le soutenir, mais une fois que javais demandé à Dieu de ne pas labandonner, je ne savais plus très bien que dire... Jai voulu persévérer, mais la fatigue a été la plus forte et je me suis endormi. Jai été réveillé par le bruit dune troupe qui approchait. Cétaient les gardes du Sanhédrin, le tribunal religieux. Ils avaient des torches et des armes, et ils étaient conduits par... Judas, lun des nôtres. Nous étions prêts à défendre Jésus, mais il nous en a empêchés. Il sest offert, et ils lont emmené pour être jugé.
Quand le Sanhédrin la envoyé à Pilate, jai compris quil ny avait plus despoir. Le seul souci du procurateur romain est davoir la paix, et je sais quil naura pas le courage de sopposer aux religieux.
Comme Marie, la mère de Jésus, était en ce moment en ville, jai tout de suite pensé à elle et jai couru pour la rejoindre. Contrairement à mes craintes elle nétait pas seule, dautres femmes étaient là. Marie venait dêtre informée de la parodie de justice chez Pilate et de la condamnation de son fils. Jésus était déjà sur le chemin qui conduit au mont du Crâne.
Elle a gardé le silence un moment, comme pour prendre des forces, puis elle sest levée, et a dit quelle aussi allait gravir la colline. Jai essayé de len dissuader en lui disant que le spectacle serait difficile à supporter, mais elle na rien voulu savoir. Elle voulait voir son fils une dernière fois.
En route, elle ma parlé. Elle ma raconté la présentation de Jésus au Temple, quand il était un simple nourrisson. Il y avait en ce temps-là un vieux sage que tout le monde connaissait, qui a prononcé détranges paroles sur Jésus. Puis il la regardée elle, et a dit : Quant à toi Marie... une épée te transpercera le cur. A lépoque, elle navait pas compris ce quil voulait dire, mais maintenant... elle comprenait trop bien.
Quand on est arrivé au mont du Crâne, les trois croix étaient déjà dressées. En nous voyant venir, la foule sest tue. Elle sest ouverte pour nous laisser passer, et on sest retrouvé aux pieds de Jésus. On est resté un moment en silence... les mots nétaient plus nécessaires pour se parler. Jésus a regardé Marie et a dit : Femme, voici ton fils. Puis il a tourné son regard vers moi et a dit : Voici ta mère. Jai posé la main sur lépaule de Marie, et jai hoché la tête.
Malgré le mal, lobscurité, la violence et linjustice, jai eu à ce moment-là la certitude que cest lui qui avait raison... et que son combat était le bon.
Aujourdhui la mort semble triompher, mais il ma appris quelque chose, cest quaussi fort que la mort...
il y a lamour. Et lamour nous appelle à continuer notre chemin, même au milieu des ténèbres et de loppression.
Cet amour quil ma appris, aucune croix ne pourra lenlever de mon cur.
La vie ma appris à me méfier des grandes passions.
Je sais que les hommes qui sont fous de Dieu peuvent être conduits à des actes radicaux, parfois violents, qui sont en tout point contraires à la foi quils professent.
Je sais que les grandes passions amoureuses se terminent généralement mal car le propre de la passion est dêtre radicale et éphémère. Nous connaissons des familles, des enfants, des conjoints qui ont été détruits par ce type de passion.
Mais il est une passion dont on ne parle jamais et que je voudrais défendre aujourdhui, cest la passion des choses humbles.
Je pense à cet homme qui depuis plus de dix ans soccupe de sa femme infirme quil ne veut pas mettre dans un établissement spécialisé afin de la maintenir dans un cadre familier.
Je pense à ce ministre de lÉglise qui reste dans une petite paroisse de campagne quil ne veut pas quitter par amour pour ses paroissiens, car il sait que le jour où il sen ira il ne sera pas remplacé.
Je pense à cette femme qui se bat pour maintenir lunité de son foyer malgré les aventures conjugales de son mari.Cette passion des choses humbles, on nen parle pas beaucoup dans les journaux, et pourtant ce sont elles qui font que notre monde tient debout.
On entend parler dans les journaux de politique de la ville et de plans pour lintégration. Mais si lintégration se fait, cest grâce à ces familles qui ont choisi de vivre, et de rester, dans des quartiers jugés difficiles. Les vrais artisans de lintégration sont ces hommes et ces femmes qui consacrent une partie de leurs loisirs à animer des clubs de sport dans leur quartier.
On parle des grandes déclarations des évêques et des présidents dEglise. Mais si lEvangile continue à être vécu, cest grâce aux prêtres et aux pasteurs de base, aux hommes et aux femmes qui, dans lanonymat, sépuisent parfois à maintenir allumé le lumignon qui fume à peine.
Dans le protestantisme, on se souvient avec fierté de la geste héroïque des Camisards qui se sont battus pour la liberté de la foi. Mais sil y avait encore un protestantisme en France dans la deuxième moitié du 18ème siècle, cest grâce aux mères de famille qui le soir, à la veillée, ouvraient la Bible pour apprendre aux enfants ce quon ne leur avait pas dit au catéchisme.
La tradition rabbinique raconte que le peuple dIsraël a été libéré de lEgypte et conduit par Moïse grâce aux mérites dAbraham.
Les sages se sont demandés quel acte dAbraham a pu être suffisamment puissant pour susciter la libération de lesclavage ?
Est-ce parce quil a quitté le pays des idoles pour obéir à une parole de Dieu ? Non.
Est-ce parce quil a intercédé pour Sodome, la ville dévoyée ? Non plus.
Alors peut-être parce quil était prêt à sacrifier son fils unique, Isaac ? Pas plus.
Lacte le plus méritant dAbraham, cest quand il a invité sous sa tente trois hommes de passage aux chênes de Mamré. On peut se demander en quoi cet acte, qui est un simple geste dhospitalité commun dans le monde des nomades, est aussi méritant ? La réponse est que cest justement dans lordinaire que se joue la vérité et la profondeur de la foi dAbraham.
Quand Abraham est mort, la Bible dit quil expire âgé et rassasié de jours. Une interprétation de ce passage dit quon peut comprendre : Abraham expire âgé, avec tous ses jours
22 .Quand il sest présenté devant Dieu, Abraham a ouvert les mains : tous ses jours étaient avec lui. Il nen manquait pas un.
Abraham est mort à 175 ans et, dans la Bible, Dieu ne lui a parlé que sept fois. Sept fois en cent soixante-quinze ans, cela fait à peine une fois tous les vingt-cinq ans. Et pourtant, cest avec tous ses jours quil sest présenté devant Dieu. Les sept jours pendant lesquels Dieu lui a parlé, et les soixante mille pendant lesquels Dieu sest tu, mais pendant lesquels Abraham a vécu la fidélité au quotidien.
Un grand maître du judaïsme, le Rav Kook a expliqué que parallèlement au verset du Psaume qui dit à Dieu : Combien tes uvres sont grandes ! on devrait dire : Combien tes uvres sont infimes ! Car de même que la grandeur divine apparaît dans les galaxies et dans les espaces interstellaires infinis, elle se révèle aussi dans linfiniment petit de la cellule et de latome. Et de même que lon perçoit la grandeur divine dans les grandes pensées philosophiques et dans les superbes embrasements damour et de foi, chacun peut aussi la rencontrer dans les plus petits détails de la vie quotidienne
23 .S S S
Quand on pense aux premiers apôtres et aux grands missionnaires, on pense à des hommes qui ont tout quitté pour la passion de lévangile et qui affrontent tous les dangers pour le service de leur foi.
Le Nouveau Testament nous propose un exemple de ce type, cest lapôtre Paul. Dans la deuxième épître aux Corinthiens, il parle de son ministère : Souvent en danger de mort, cinq fois jai reçu quarante coups moins un, trois fois jai été battu de verges, une fois jai été lapidé, trois fois jai fait naufrage, jai passé un jour et une nuit dans labîme. Souvent en voyage, exposé aux dangers des fleuves, aux dangers des brigands, aux dangers de la part de mes compatriotes, aux dangers de la part des païens, aux dangers de la ville, aux dangers du désert, aux dangers de la mer, aux dangers parmi les faux frères, au travail à la peine ; souvent dans les veilles, dans la faim et dans la soif ; souvent dans le jeûne, dans le froid et le dénuement
24 .Ce portrait correspond bien à limage que nous nous faisons des missionnaires.
Mais dans la Bible, nous trouvons un autre modèle, plus modeste, plus quotidien, mais qui met en valeur le premier commandement chrétien : lamour.
Dans la première épître aux Corinthiens, tout le monde connaît le chapitre 13 qui est le fameux hymne à lamour. On y parle aussi de la foi comme dune passion. Ce sont les versets qui parlent de dons de prophétie et de connaissance, de confiance absolue en Dieu et de martyrs mais lapôtre précise : en tout cela, si je nai pas lamour je ne suis rien
25 .Paul symbolise le missionnaire qui va porter lévangile dans toutes les nations, mais à ses côtés émerge un autre personnage, Jean, qui a reçu pour mission daccueillir chez lui Marie afin de prendre soin de la mère de Jésus.
Dans le Nouveau Testament, les écrits attribués à Jean portent la marque de cet amour humble mais tenace.
Cest cet évangile qui nous apprend que cest par amour que Dieu a envoyé son fils dans le monde et que nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés
Cet amour fervent, discret, quotidien est raconté de façon particulièrement éloquente au cours du dernier repas de Jésus. Là où les autres évangiles font de la haute théologie en parlant dalliance nouvelle symbolisée par le pain et le vin, lévangile de Jean nous présente un autre signe.
Jésus se lève, prend une cuvette et un linge, sagenouille devant ses disciples et leur lave les pieds
27 . Ce geste est parfaitement ordinaire, à cette époque, les serviteurs lavaient les pieds des invités. Aujourdhui encore dans toutes les cliniques, hôpitaux, hospices ainsi que dans les maisons où se trouvent de grands malades, des hommes et des femmes lavent leur prochain.Ceux-là sont signes de lamour du Christ
Quand nous sommes perdus, quand nous ne savons plus très bien qui est Dieu, ni où le retrouver... nous pouvons relire ce passage et entendre que le Christ est Seigneur et roi, mais quaujourdhui il est le Seigneur qui sest agenouillé à mes pieds, une cuvette à la main et un linge autour des reins, pour me laver.
Si la foi et lamour sont les deux piliers de lÉglise, nous avons parfois limpression que notre compréhension est déséquilibrée.
Nous disons dune personne religieuse quelle est croyante, mais pourquoi ne disons-nous pas que cest une amante ?
Nous évoquons la foi qui transporte les montagnes, mais pourquoi ne parlons-nous pas de la foi qui nous fait accueillir chez nous la mère dun prochain décédé ?
Nous rêvons dune Église qui porte le feu de Dieu, mais pourquoi ne rêvons-nous pas dune Église qui cultiverait la simplicité et la délicatesse ?
La seule définition de Dieu que donne le Nouveau Testament est : Dieu est amour
28 . Et le conseil précis qui est proposé en terme de témoignage est : Cest à lamour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples29 .S S S
Maintenant que nous avons entendu la place de lamour dans lévangile, il nous reste à comprendre ce quil veut dire.
La première surprise quand la Bible évoque lamour, cest quelle en parle en terme de commandement : Tu aimeras ton prochain
30 , Tu aimeras le Seigneur ton Dieu31 . Lévangile va jusquà ordonner : Aimez vos ennemis32 .Aimer son prochain, on voit à peu près ce que ça veut dire.
Aimer Dieu, ça devient plus compliqué, surtout depuis que les sciences humaines nous ont appris combien lamour pouvait être pervers et équivoque.
Quant à lamour des ennemis, il semble quon nage en pleine contradiction tant les deux mots semblent opposés.
Mais surtout, comment le verbe aimer peut-il se conjuguer à limpératif ? Ny a-t-il pas là ce quon a appelé une double contrainte. Lexpression : Je te demande daimer est contradictoire car lamour ne peut pas se commander ; et sil se commande, ce nest plus de lamour.
La seule façon de sortir de cette contradiction est de séparer radicalement lamour de toute notion de sentiment.
Dans la Bible, lamour nest pas une émotion, cest une préoccupation, une démarche, un engagement. La Bible ne nous demande pas daimer tous les hommes, mais notre prochain. Elle ne sintéresse pas à lamour universel, théorique ou poétique, mais à lamour concret, engagé, pratique.
Quand lEcriture demande daimer son prochain, ce nest pas parce que le prochain est aimable ou sympathique, cest pour la seule et unique raison que le prochain est aimé de Dieu.
De cette définition de lamour, nous pouvons extraire trois conséquences.
Le philosophe Alain a dit : Il est plus facile daimer tous les Chinois que son voisin de palier. Si lamour est un engagement concret de ma personne pour rechercher lépanouissement de mon prochain, mon amour est limité par mes forces et ma disponibilité.
Je peux éprouver de la sympathie pour tous les hommes, mais le vrai amour est un travail, et mes capacités de travail sont limitées.
La vertu qui accompagne lamour est le courage car il faut du courage pour permettre au prochain de sépanouir. Et le contraire de lamour nest pas la haine, mais la paresse ou lindifférence.
La philosophe Simone Weil a dit : La plénitude de lamour du prochain, cest dêtre capable de lui demander : Quel est ton tourment ?
Lamour induit la connaissance dautrui et ce nest pas un hasard si, dans la Bible, le verbe connaître signifie à la fois la relation conjugale et lapprentissage de Dieu. Plus on connaît son prochain, plus on est capable de laimer.
Cela signifie que, contrairement à ce quon entend généralement, le temps ne tue pas lamour, il permet de le construire.
Le philosophe Leibniz a dit : Lamour, cest de faire du bonheur dun autre le sien propre.
Il y a une profonde vérité dans cette affirmation.
Dans le livre de la Genèse, la relation entre les frères sest souvent déployée sous le registre de la jalousie. Caïn et Abel, Isaac et Ismaël, Jacob et Esaü nont pas eu des relations particulièrement fraternelles.
Et puis voilà deux frères qui vont réussir à sentendre, ce sont Ephraïm et Manassé, les fils de Joseph.
Quand Joseph conduit ses garçons à Jacob, son père, pour quil les bénisse, Manassé, laîné, est à droite et Ephraïm, le cadet, à gauche. Jacob croise les mains et pose la droite sur la tête dEphraïm le second. Joseph réagit mais Jacob persiste et dit : Manassé sera grand, mais Ephraïm sera plus grand que lui
33 .Il se produit alors un miracle unique : Manassé ne jalouse pas son frère.
Le livre de la Genèse peut se terminer, la jalousie nest pas une fatalité.
Si notre objectif dans la vie est dêtre grand, fort et riche, nous trouverons toujours plus grand, plus fort et plus riche que nous. Mais si notre objectif est daimer notre prochain et que nous réalisons que le sommet de lamour est de faire du bonheur de lautre le sien propre, alors nous aurons chaque jour mille raisons de nous réjouir !
Nous avons commencé cette méditation sur la persévérance de lamour en parlant de ceux qui ont la passion des choses humbles. Nous la terminerons en écoutant un poème bouleversant de Christian Bobin qui parlera mieux que nous navons su le faire de cet amour qui prend toute son ampleur dans le plus quotidien et le plus banal des gestes
34 .Je me souviens dun carnet
écrit par une juive
quelques jours avant sa mort
Elle est dans un camp de transit
Hier la vie le travail lamour
Aujourdhui la soif la faim la peur
Demain rien
Le train qui lemmènera vers demain
est sur les rails
vérifié par des mécaniciens scrupuleux
Le train qui filera dans un demain sans épaisseur
dans un jour sans jour
Cette femme regarde autour delle
et vers le dernier matin
décrit émerveillée
le linge des enfants
lavé dans la nuit par les mères
et mis à sécher sur les barbelés
Elle dit combien cette vue
la réconforte
lui donne un cur
contre lequel viennent battre
en vain
les aboiements des chiens les cris des soldats
le souffle lourd des trains plombés
Si ce texte est lumineux
ce nest pas seulement en raison du voisinage
de la mort et de lencre
de lespérance et de labîme
Cest aussi cest surtout
par la pensée quil nous donne
et je ne connais pas Nella
de pensée plus noble plus simple
plus noblement simple
Je lécrirais ainsi
La pureté nest faite que de détails
La bonté nest faite que de gestes
Ces gestes ne mènent pas à de grandes victoires
aucune légende ne les retient
Ces gestes sont gestes de tous les jours
bien plus héroïques
que tout héroïsme
Laver le linge
pour que lenfant demain
se sente léger confiant
dans des vêtements frais propres
Même si demain nest plus
dans la suite des jours
Même si demain
ne verra pas le jour.
Introduction du Pasteur Antoine NOUIS, pour le volume "Sept paroles de vie"
Les méditations qui composent les différents chapitres de ce livre sont le texte, à peine modifié, des conférences du " Carême Protestant " qui ont été diffusées sur France Culture en mars-avril 2000.
Lorsquon ma proposé de prendre en charge ces conférences, jai tout de suite pensé à une série de narrations que javais écrites pour une liturgie de Vendredi Saint. Javais pris la liberté littéraire de rassembler autour de la croix sept personnages, cinq hommes et deux femmes, et de leur donner la parole pour quils expriment la façon dont ils ont entendu les sept dernières paroles que le Christ a prononcées avant de mourir. Un soldat, un brigand, un disciple, un officier, une étrangère, un religieux et une amie proche se retrouvent au Golgotha. Quentendent-ils ? Que disent-ils ?
Ces narrations sont des prédications, cest-à-dire quelles se situent du côté de linterprétation et non de la source historique. Mais comme toutes prédications, elles ne font pas léconomie dune lecture minutieuse du texte biblique, et dun travail dexégèse.
Si nous avons choisi ce procédé, cest quil semble particulièrement pertinent pour parler de la croix. Au-delà de toutes les explications elle demeure un événement qui fait éclater nos cadres de pensée, et qui transcende nos raisonnements. Dès que nous cherchons à expliquer la croix, nous courons le risque dapprivoiser ce qui restera toujours de lordre de la folie et du scandaleux. En la racontant nous demeurons dans le domaine de linterprétation, mais nous lui laissons de lespace pour dépasser nos paroles.
Les épîtres de Paul articulent la croix avec la grâce. Elle débouche sur un autre thème qui, par définition, relève de lindicible. Si la grâce est grâce, elle échappe à toute logique, elle déjoue toute tentative de vouloir lenfermer dans un système cohérent. Si la grâce ne peut pas sexpliquer, elle peut néanmoins se raconter. Cest ce que nous avons essayé de faire en suivant le cheminement de sept personnes qui ont entendu les paroles dun mourant, et qui les ont reçues comme des paroles de vie.
Pour les émissions du Carême, nous avons demandé aux comédiens de la troupe Sketch up dinterpréter ces sept personnages. Je suis reconnaissant à son responsable, Olivier Arnéra, pour les conseils quil ma donnés afin dadapter ces récits à une écriture radiophonique.
La seconde partie de chaque émission est plus classique. Elle comprend des méditations qui essayent de développer et dactualiser la parole des comédiens. Elles me donnent loccasion de développer une théologie de la croix qui se déploie autour des thèmes du pardon et de la conversion, de labsence et de la persévérance, de la quête de Dieu et de laccomplissement des Écritures.
Puisque ce livre est la reprise des conférences de Carême, il me revient de remercier tous ceux qui mont accompagné dans ce travail. Les amis de lEglise de Paris-Annonciation qui ont eu à cur de me laisser le temps nécessaire pour lécriture, ma famille qui a pâti de mon manque de disponibilité pendant les derniers mois qui ont précédé les enregistrements, Geneviève Barnaud ma correctrice attitrée, et enfin Dominique Fano-Renaudin qui a fait un gros travail de recherche pour lillustration musicale et qui a déployé ses talents de comédien pour lire les citations.