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     publié avec l’aimable autorisation de "Radio France", par LES BERGERS ET LES MAGES .

Prédication de Carême par le Pasteur Antoine NOUIS,
Eglise Réformée de France,
diffusion le 22 avril 2000 à 18 heure par "France Culture"


Sept paroles de vie


Un soldat, un brigand, un disciple, un officier, une étrangère, un religieux et une autre femme
se retrouvent à la Croix. Qu'entendent-ils ? Que disent-ils ?

7 - MARIE DE BÉTHANIE

Parfois, il faut attendre la fin d’une histoire pour en saisir le sens. Aujourd’hui un livre se ferme. Sa fin est cruelle, mais je sais qu’elle n’est pas absurde.

Je me souviens de la première fois que j’ai rencontré Jésus. Il s’était arrêté à la maison pour se reposer. En attendant le dîner il parlait et moi je l’écoutais. Il vivait une vraie passion de Dieu, mais il avait en même temps une grande compassion et une profonde douceur. Je ressentais que tout ce qu’il disait était vrai. Jamais personne ne m’avait parlé comme cet homme. C’est comme si le temps s’était arrêté. Nous avons été interrompus par Marthe, ma sœur, qui faisait la cuisine : Maître, ça ne te dérange pas que ma sœur me laisse seule pour servir ? Il avait répondu : Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire, Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera pas enlevée.

Depuis, chaque fois qu’il montait à Jérusalem, il faisait une halte à la maison. Il y a quelques jours, ils étaient à table et ses disciples parlaient entre eux. Le lendemain, ils avaient prévu de monter à Jérusalem et je les entendais dire qu’ils pensaient que c’était maintenant le temps de Dieu. Ils sentaient que l’accomplissement était proche. Jésus allait purifier le Temple et devenir le libérateur d’Israël.

Je ne disais rien mais leurs discours m’ennuyaient. Je les trouvais creux. J’avais écouté Jésus et je savais que son Royaume n’était pas de ce monde. Quand il parlait du Royaume, Jésus disait qu’il était pour les pauvres de cœur, que les derniers y seront les premiers, et que les petits, les infirmes, les boiteux, les aveugles seront aux premières places. Je voulais parler, mais je ne savais pas comment exprimer ce qui était en moi. Alors, sans réfléchir, je me suis levée, j’ai pris un flacon de parfum de nard pur, je me suis agenouillée devant Jésus, j’ai versé le parfum sur ses pieds et je les ai essuyés avec mes cheveux.

Les disciples n’ont pas compris mon geste. Judas a même fait une remarque sur le prix du parfum qui aurait pu aider les pauvres. Jésus, lui, a senti ce que j’avais sur le cœur. Il a répondu à ses disciples : Des pauvres, vous en avez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.

Le lendemain, ils sont partis pour Jérusalem, et les événements se sont précipités. Il a été arrêté, jugé et condamné par le Sanhédrin, puis par Pilate. Quand j’ai appris qu’il serait crucifié, je suis montée à Jérusalem pour le voir une dernière fois... J’étais terrorisée. En chemin, j’essayais de raisonner le tumulte qui était en moi. Je me suis souvenue qu’il avait dit : Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits.

Je savais que toute sa vie était une offrande à Dieu et aux autres. Mais pourquoi faut-il toujours que les vrais justes, ceux qui ont le cœur pur et qui vivent la compassion soient rejetés et persécutés ?

Quand je suis arrivée au lieu du Crâne, la croix venait d’être dressée. Je suis restée à ses pieds pendant toute son agonie. J’ai recueilli ses dernières paroles.

J’ai été bouleversée par la demande de pardon pour les soldats qui l’ont cloué au bois.

Je l’ai entendu dire une dernière parole d’accueil pour un brigand qui partageait sa croix.

J’ai été émue par la dernière parole d’amour qu’il a échangée avec Marie sa mère, et avec son disciple Jean.

J’ai habité ses ténèbres lorsqu’il a hurlé à Dieu : Pourquoi m’as-tu abandonné ?

J’ai partagé son désert quand il a crié : J’ai soif.

J’ai compris que la fin était proche quand il a dit : Tout est accompli.

Il a encore ajouté une dernière parole : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Puis il est mort. C’est seulement à ce moment-là que j’ai totalement compris mon geste, lorsque j’ai versé le parfum sur ses pieds. Il est mort, et pourtant il n’a jamais été aussi fort, aussi grand… Il n’a jamais été aussi vrai. Cette mort est une folie, mais la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des sages. Cette mort est un scandale, mais le scandale de Dieu renverse les puissances des puissants.

Il est mort, mais dans mon cœur il n’a jamais été aussi vivant. Je suis face à sa mort, et jamais je ne me suis sentie aussi vivante.


La parole de la croix

Lorsque Marie a versé du parfum sur les pieds de Jésus, elle a accompli un geste d’amour, de vie. Ce qui pouvait être considéré comme une anticipation des soins mortuaires s’est révélé un hymne à la vie. Au moment où Jésus rend son dernier souffle, elle déclare : Il est mort, mais dans mon cœur il n’a jamais été aussi vivant. Je suis face à sa mort, et jamais je ne me suis sentie aussi vivante.

Avec Jésus de Nazareth, les notions de vie et de mort sont revisitées, elles se situent sur une autre dimension que la simple biologie.

Dans l’évangile de Jean, lorsque Jésus se retrouve devant Marthe, la sœur de Marie, au moment du décès de Lazare, il dit : Celui qui croit en moi ne mourra jamais65 . Or nous savons bien que la foi n’est pas une potion magique qui confère l’immortalité.

Dans l’évangile de Luc, lorsqu’un homme appelé par Jésus lui demande l’autorisation d’aller ensevelir son père, il lui répond : Laisse les morts enterrer les morts66 . Or nous savons bien que quand on est mort, on ne peut pas enterrer les morts.

Pour Jésus, être vivant va bien au-delà du simple fait d’avoir un cœur qui bat et des poumons qui respirent. Etre vivant, c’est aimer, partager, prier, rencontrer… C’est la raison pour laquelle, jusque dans sa mort, Jésus reste vivant.

Le Dieu de la Bible n’est pas une puissance céleste, froide et muette. Il n’est ni impassible ni indifférent au sort de son peuple et de l’humanité. C’est un Dieu passionné pour la Création et pour l’homme. Sa passion de la vie l’a conduit à la Passion sur la croix.

Parfois on entend dire : Dieu ne saurait souffrir, Dieu ne peut pas mourir, Dieu n’éprouve pas de désirs, Dieu n’a pas besoin d’amis… Mais l’apathie n’a jamais été un attribut de Dieu ! Dans la Bible, Dieu est un Dieu jaloux qui entretient pour l’humanité un intense sentiment d’amour, de zèle et d’enthousiasme.

Cette passion de Dieu nous fait comprendre les représentations du Premier Testament dans lesquelles Dieu souffle sa colère par ses narines. A cause de sa passion, Dieu est jaloux, déçu ou brûlant d’amour. Ces images peuvent nous choquer par leur aspect rugueux et sévère, mais elles parlent au moins d’un Dieu qui vit une véritable ferveur pour sa Création. Si ces images nous heurtent, elles nous interpellent, nous qui vivons dans une civilisation qui nous apprend que rien n’est pire que l’indifférence.

Trois illustrations rabbiniques nous aideront à entrer dans cette passion de Dieu.

• D’abord, au moment de l’Exode, après que le peuple a traversé la Mer Rouge et que les Egyptiens ont été noyés dans les flots, les anges se sont réjouis de la délivrance des enfants d’Israël. Ils ont commencé à entonner des cantiques d’allégresse, lorsqu’ils ont vu que Dieu restait dans son coin… et qu’il pleurait. Ils se sont approchés de lui et ont posé la question : Pourquoi pleures-tu ? Dieu a répondu, en pensant aux Egyptiens : Mes enfants ont péri ! Mes enfants ont péri ! Pourquoi devrais-je me réjouir de la destruction de mes enfants67 ?

• Ensuite, au moment de l’Exil, au moment du retour en Israël, les sages ont interrogé Dieu et lui ont dit : Maître de l’univers, c’est toi qui nous as dispersés parmi les nations et maintenant, c’est toi qui nous ramènes. Et Dieu a répondu en racontant l’histoire d’un roi qui a chassé son épouse infidèle hors des son palais. Le lendemain il l’a fait revenir en lui disant : Cette nuit, je t’ai suivie hors de mon palais, car je ne pouvais y habiter seul. Le Talmud conclut : quand Dieu a envoyé ses enfants en exil, il est parti avec eux pour les faire revenir.

• Enfin un passage du livre d’Esaïe dit que Dieu ramènera son peuple dans sa maison de prière68 . Les sages en ont conclu que, si Dieu avait une maison de prière, c’est qu’il priait. Quelle est la prière de Dieu ? Le Talmud dit que Dieu prie la prière suivante : Que, selon ma volonté, ma miséricorde l’emporte sur ma colère, et que je puisse traiter mes enfants selon mes attributs de bonté69 .

L’image d’un Dieu qui pleure, d’un Dieu qui part en exil avec ses enfants, et d’un Dieu qui prie peut nous surprendre. Mais c’est à partir de cette compréhension que nous voulons aujourd’hui lire la croix.

La croix n’est pas le martyre d’un homme exceptionnel qui aurait été détruit par un tyran. Si elle n’était que cela, elle ne serait malheureusement qu’une toute petite pierre dans l’immense édifice des injustices de notre histoire.

La croix est la marque de la passion de Dieu pour les humains.

Cette compréhension de Dieu nous rejoint. Si Dieu est celui qui s’est engagé totalement aux côtés de notre humanité, alors nous n’avons plus rien à craindre. Nous pouvons vivre, espérer, risquer, croire… c’est ce que nous a rappelé Marie quand elle a dit : Je suis face à sa mort, et jamais je ne me suis sentie aussi vivante.

S S S

Dans le film " Taxi Driver ", un exergue disait : Dans chaque rue, il y a un inconnu qui rêve d’être quelqu’un. C’est un homme seul, abandonné de tous et qui cherche à prouver désespérément qu’il existe.

Notre monde s’urbanise de plus en plus. Chaque jour nous pouvons croiser des dizaines, des centaines de visages qui nous sont inconnus. Mais nous aussi sommes inconnus à leurs yeux, nous passons inaperçus. La foule que nous côtoyons nous renvoie à notre propre solitude. Nous ne sommes qu’un pion dans un jeu qui nous dépasse. Comment, dans ce cas, ne pas se sentir exproprié de son propre être ? Comment exister ? Pour quoi vivre ?

Face à l’anonymat et à la solitude, ce qui nous permet de continuer à vivre, c’est de savoir que nous comptons pour quelqu’un.

Compter pour quelqu’un, c’est la définition de l’amitié. Un livre pour enfants nous décrit un ami :

Un ami, c’est quelqu’un qui t’aime bien.

Ce peut être un garçon, ce peut être une fille,

ou un chat…, ou un chien…, ou même une souris   blanche.

Un arbre peut être aussi ton ami ;

il ne te parle pas, mais tu sais

qu’il t’aime, parce qu’il te donne des pommes

ou des poires ou des cerises

ou également une grosse branche pour te balancer.

Un ruisseau peut aussi être ton ami,

un ami tout particulier.

Lorsqu’il fait glouglou et qu’il clapote,

il te parle70 .

Ces paroles qui chantent l’amitié ont un ton apaisant. Elles nous disent la nostalgie d’un monde dans lequel nous n’aurions rien à prouver pour pouvoir exister. Devant un ami, un chat, une souris blanche, un arbre ou un ruisseau nous pouvons être tels que nous sommes. Nous pouvons simplement être nous-mêmes… Comme c’est réconfortant !

Le contraire de l’ami, c’est le concurrent, celui qui n’est pas bienveillant à notre égard. Face à un concurrent, il faut être performant, il faut se battre, se lever tôt, prouver qu’on est quelqu’un d’important, qu’on n’a pas usurpé notre place, mériter ce que nous sommes.

Le problème de notre civilisation, c’est qu’elle génère beaucoup plus de concurrents que d’amis.

Dans l’évangile, il y a deux passages dans lesquels on parle d’amitié à propos de Jésus.
Le premier se trouve dans l’évangile de Jean. Avant de mourir, Jésus dit à ses disciples : Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelés amis
71 .

La grande parole de la croix, c’est qu’en Jésus nous sommes devenus les amis de Dieu. Nous n’avons plus rien à prouver. Devant Dieu, nous pouvons quitter le registre de la performance pour enfin devenir ce que nous sommes.

Un témoignage de cette amitié de Dieu est proposé par l’apôtre Paul dans la deuxième épître aux Corinthiens. Dans cette ville, son ministère est attaqué par des personnes très spirituelles qui mettent en avant des expériences mystiques supérieures pour asseoir leur autorité. Elles reprochent à Paul son manque de spiritualité, sa présence sans autorité et son peu d’éloquence.

Paul pourrait répondre en se justifiant, en faisant de la surenchère, en mettant en valeur son travail et ses œuvres. Mais il répond sur un autre registre. Il parle d’une blessure, d’une écharde. Il raconte que trois fois il a prié pour être libéré, et que sa prière n’a pas été exaucée. Mais s’il n’a pas été guéri, il a reçu une parole : Ma grâce te suffit72 . Dans cette parole, il a entendu l’amitié de Dieu, malgré ses faiblesses et sa blessure.

A ses adversaires, qui lui reprochent son manque de performances spirituelles, il répond par une contre-performance, une prière non exaucée. Ce qui le fait vivre et qu’il essaye de partager, ce ne sont pas ses œuvres, fussent-elles spirituelles, mais la seule et unique amitié de Dieu.

S S S

Le second passage de l’évangile qui parle d’amitié dit à propos de Jésus qu’il était l’ami des péagers et des pécheurs73 . Jésus a souvent été critiqué pour ses fréquentations douteuses. Il partageait le repas des impies et fréquentait des gens de mauvaise vie.

L’évangile ne dit pas que les pécheurs étaient ses amis, mais qu’il était l’ami des pécheurs. La différence est fondamentale. Avoir un ami, cela dépend encore de nous, de nos sentiments, de nos préoccupations, du temps que nous consacrons à l’amitié. Mais être l’ami de quelqu’un est totalement indépendant de nous.

Si Jésus se présente comme l’ami des pécheurs, c’est que tous, nous pouvons compter sur son amitié. C’est ce qui a fait dire au Baal Shem Tov, le maître du hassidisme : Si seulement je pouvais aimer le plus proche des miens autant que Dieu aime le pire des débauchés !

Dans un de ses livres, Raoul Follereau, un des pionniers de la lutte contre la lèpre dans le monde, raconte qu’autrefois, dans les léproseries, les hommes étaient mis en quarantaine. Ils ne faisaient rien de la journée, sinon de tourner en rond. Ils passaient leur temps à épier l’évolution du mal chez eux et chez les autres malades. Abandonnés de tous, ils s’enfonçaient dans le silence et la nuit.

Pourtant, dans une de ces léproseries, un homme a gardé les yeux clairs. Il lui arrive de sourire et même de dire merci aux religieuses qui essayent de le soigner. Une des religieuses souhaite connaître la raison de ce miracle : pourquoi reste-t-il vivant quand tous les autres sombrent dans la nuit ? Elle le surveille et ne tarde pas à remarquer que chaque jour, par-dessus le mur d’enceinte qui entoure la léproserie, un visage apparaît. C’est un petit bout de visage de femme qui lui sourit. L’homme sourit à son tour, et le visage disparaît. Ensuite, il recommence son attente jusqu’au lendemain.

Lorsque la religieuse l’interroge, l’homme répond : C’est ma femme. Avant que je vienne ici, elle m’a soigné en cachette. Mais le mal a progressé et on m’a emmené dans cette léproserie. Elle m’a suivi. Et lorsque chaque jour je la vois, je sais que je suis vivant, et je dis : Merci  !74 

Cette histoire est une parabole de l’amitié de Dieu. Cette femme est une image du Christ.

Le lépreux est dans les enfers, mais dans ses souffrances il survit, il résiste, il combat, il espère... Pourquoi ? Parce qu’il sait que, de l’autre côté du mur, il y a quelqu’un de vivant qui pense à lui, qui prie pour lui, qui pleure avec lui, qui le regarde et qui lui sourit.

Croire en l’amitié de Dieu, cela ne veut pas dire que les enfers n’existent pas, cela ne veut pas dire que les ténèbres ne recouvrent pas la terre. Cela veut dire que nos enfers ont été visités et qu’il existe quelqu’un qui croit en nous, qui prie avec nous, qui nous sourit et qui nous appelle à la vie. Alors nous pouvons nous relever, nous pouvons continuer, nous pouvons combattre.

La parole de la croix, c’est qu’en Jésus, Dieu est allé jusqu’au bout de sa passion pour l’humanité. Cette passion, il ne l’a pas exprimée avec des mots, il l’a vécue. Pour nous, cela veut dire que, quelle que soit notre vie, que nous soyons menacés par l’indifférence ou la culpabilité, par l’anonymat ou le non-sens, nous avons l’assurance de l’amitié de Dieu qui nous appelle à nous aimer nous-mêmes.

Quelques heures avant sa mort, le curé de campagne de Bernanos dit qu’une fois que tout orgueil a été brisé, la grâce des grâces c’est de s’aimer humblement soi-même.

Un des personnages les plus ignobles de la littérature est Marméladov, l’ivrogne de Crime et Châtiment. Dostoïevski met en scène cet homme qui a conduit sa fille à la prostitution pour assouvir son vice et nourrir sa famille.

Un soir de beuverie, quand l’alcool conduit à la lucidité, l’ivrogne raconte : Au jour du jugement, Dieu nous convoquera nous aussi : Allons, approchez, vous autres ! Venez les ivrognes, venez les infâmes, venez les impudiques ! Et nous avancerons tous sans aucune honte. Et les raisonnables s’écrieront : comment, vous les recevez, ceux-là aussi... Et il leur répondra : si je les reçois, ô vous les raisonnables et les intelligents, c’est que pas un d’entre eux ne s’en est jugé digne... Et il nous ouvrira les bras et nous nous y jetterons... Et nous fondrons en larmes et nous comprendrons tout ! Et tous comprendront.

Lire l'introduction du Pasteur Antoine NOUIS
Les Intermèdes musicaux étaient extraits de :
 - Les 7 dernières paroles du Christ en croix ( Heinrich Schütz )
 - Pièces diverses pour choeur, en si mineur ( Jean-Sébastien Bach )
 - Pièces diverses pour choeur, en si mineur ( Jean-Sébastien Bach )
 - Johannes Passion Chorals ( Jean-Sébastien Bach )


Carême Protestant - 27 rue de l'Annonciation - F 75016 Paris - FRANCE
Tél. mobile : 33 (0)6 09 59 04 04, Fax : 33 (0)1 40 72 62 69 , e-Mail : carempro

 

Introduction du Pasteur Antoine NOUIS, pour le volume "Sept paroles de vie"

 

Les méditations qui composent les différents chapitres de ce livre sont le texte, à peine modifié, des conférences du " Carême Protestant " qui ont été diffusées sur France Culture en mars-avril 2000.

Lorsqu’on m’a proposé de prendre en charge ces conférences, j’ai tout de suite pensé à une série de narrations que j’avais écrites pour une liturgie de Vendredi Saint. J’avais pris la liberté littéraire de rassembler autour de la croix sept personnages, cinq hommes et deux femmes, et de leur donner la parole pour qu’ils expriment la façon dont ils ont entendu les sept dernières paroles que le Christ a prononcées avant de mourir. Un soldat, un brigand, un disciple, un officier, une étrangère, un religieux et une amie proche se retrouvent au Golgotha. Qu’entendent-ils ? Que disent-ils ?

Ces narrations sont des prédications, c’est-à-dire qu’elles se situent du côté de l’interprétation et non de la source historique. Mais comme toutes prédications, elles ne font pas l’économie d’une lecture minutieuse du texte biblique, et d’un travail d’exégèse.

Si nous avons choisi ce procédé, c’est qu’il semble particulièrement pertinent pour parler de la croix. Au-delà de toutes les explications elle demeure un événement qui fait éclater nos cadres de pensée, et qui transcende nos raisonnements. Dès que nous cherchons à expliquer la croix, nous courons le risque d’apprivoiser ce qui restera toujours de l’ordre de la folie et du scandaleux. En la racontant nous demeurons dans le domaine de l’interprétation, mais nous lui laissons de l’espace pour dépasser nos paroles.

Les épîtres de Paul articulent la croix avec la grâce. Elle débouche sur un autre thème qui, par définition, relève de l’indicible. Si la grâce est grâce, elle échappe à toute logique, elle déjoue toute tentative de vouloir l’enfermer dans un système cohérent. Si la grâce ne peut pas s’expliquer, elle peut néanmoins se raconter. C’est ce que nous avons essayé de faire en suivant le cheminement de sept personnes qui ont entendu les paroles d’un mourant, et qui les ont reçues comme des paroles de vie.

Pour les émissions du Carême, nous avons demandé aux comédiens de la troupe Sketch up d’interpréter ces sept personnages. Je suis reconnaissant à son responsable, Olivier Arnéra, pour les conseils qu’il m’a donnés afin d’adapter ces récits à une écriture radiophonique.

La seconde partie de chaque émission est plus classique. Elle comprend des méditations qui essayent de développer et d’actualiser la parole des comédiens. Elles me donnent l’occasion de développer une théologie de la croix qui se déploie autour des thèmes du pardon et de la conversion, de l’absence et de la persévérance, de la quête de Dieu et de l’accomplissement des Écritures.

Puisque ce livre est la reprise des conférences de Carême, il me revient de remercier tous ceux qui m’ont accompagné dans ce travail. Les amis de l’Eglise de Paris-Annonciation qui ont eu à cœur de me laisser le temps nécessaire pour l’écriture, ma famille qui a pâti de mon manque de disponibilité pendant les derniers mois qui ont précédé les enregistrements, Geneviève Barnaud ma correctrice attitrée, et enfin Dominique Fano-Renaudin qui a fait un gros travail de recherche pour l’illustration musicale et qui a déployé ses talents de comédien pour lire les citations.

Antoine NOUIS


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